5642 m!

Après 5100 m, nous grimpons doucement mais sûrement
Nous y sommes arrivés… malgré la distance, le froid, le vent et le mal des montagnes. L’Elbrouz aura été durement gagné. Sans la détermination de nos guides, le sommet serait resté un territoire inconnu pour nous.
500 m d’altitude : Départ de Tbilissi, capitale géorgienne à minuit avec pour compagnons de voyage, trois babouchkas. Nous pensions mettre à profit le trajet pour dormir, mais c’est peine perdue tant la route est parsemée de nids de poules et de virages en épingle à cheveux. Nous passons, hagards, la frontière russe vers 3h du matin. Nous répondons sobrement à l’agent du poste frontière et sous l’œil vigilant de trois caméras : « Where are you going ? What is your job ? » 6 contrôles de passeports supplémentaires plus tard, la fourgonnette nous jette 27 km avant notre destination finale à 7h du matin. Pourquoi ? Nous ne savons pas et ne comprenons rien à ce que raconte le chauffeur.
700 m d’altitude : Arrivée à Nalchik en stop, où nous prenons une nouvelle navette pour rejoindre la vallée de l’Elbrouz.

Eglise orthodoxe de Nalchik
2100 m : Arrivée à Terskol. Nous y resterons quelques jours. Nous rencontrons notre guide russe Anna et les trois autres membres de notre cordée : Chin de Taïwan, Dany d’Australie et Shay, indo-américain. Première randonnée d’acclimatation à 3000 m.
3800 m : Première nuit au camp de base à 3800 m après une randonnée à 4800 m, l’altitude du Mont Blanc ! Bilan des courses : Shay s’est tordu le genou, Dany est terrassée violemment par le mal des montagnes. Elle descend en titubant et vomit dans la chambre.

Camp de base à 3800 m
Nous partons pour le sommet demain soir. Mais avant, il faut décider si oui ou non, nous prendrons les « snowcats », les fameuses dameuses qui amènent les touristes plus que les alpinistes à 5100 m. Tout le monde opte pour les dameuses, sauf un jeune allemand qui a rejoint notre groupe avec son père Jork. Adrien et moi refusons, nous voulons partir de 3800 m. Mais Anna me fait douter… ou peut-être teste t’elle ma détermination ? : « Tu es sûre Iseult ? Tu n’as pas d’expérience à plus de 5000 m. On ne sait pas comment ton corps va réagir. Nous irons plus vite que lors de la journée d’acclimatation, il faut que tu puisses suivre et tenir jusqu’en haut. Il faut que tu aies bien conscience que si tu ne te sens pas bien, tout ton groupe doit redescendre. Je n’ai pas assez de guides pour séparer les groupes ». J’ai l’impression d’être face à un dilemne moral : opter pour la facilité en prenant la dameuse, être certaine d’arriver au sommet et atteindre l’objectif que nous nous étions fixés depuis si longtemps avec Adrien ou partir de 3800 m, ne pas être sûre d’avoir la force et l’endurance pour arriver au sommet et éventuellement pénaliser tout mon groupe ? Nous pesons le pour et le contre avec Adrien, mais non, nous savons que nous devons partir de 3800 m, quitte à ne pas parvenir au sommet. C’est monter qui compte. Souviens toi des récits de Frison Roche ! Pas de triche. Je sens que le jeune allemand voudrait bien me voir prendre la dameuse.
Réveil 23h30, quasiment pas dormi of course. Petit-déjeuner à minuit. Départ 1h du matin. Les guides nous ont prévenu que le temps serait mauvais… pour trois jours. Nous n’avons pas trop le choix, nous nous lançons à l’assaut du sommet aujourd’hui. Nous commençons à monter lentement, pas à pas, au rythme montagnard et à la lueur de nos lampes frontales.
4800m : Il doit être 4h du matin. Il vente, il neige, il fait vraiment froid. Nous croisons de nombreux groupes dans la nuit… qui redescendent !! Notre guide me trouve les lèvres bleues, je lui répond que je n’ai pas froid. Il nous dit que si le temps continue comme ça, nous serons obligés de revenir en arrière.
5100m – 6h : Nous nous forçons à manger et à boire le thé de nos thermos. L’eau de nos bouteilles en plastique est en train de geler. Il faut désormais que nous rattrapions le groupe parti en dameuse à 5h du matin qui est devant nous.

Quelque part après 5100 m

5 400m – 8h : Nous rejoignons enfin Anna, Chin, Dany et Jork. Ils ont l’air mal en point. Nous sommes arrivés à la selle « The Saddle », point de jonction entre le sommet Est et Ouest. C’est ici que nous nous encordons. Devant nous, Dany titube. En montagne, la détermination se voit si bien physiquement !

5 500 m: Nous piétinons. Nos guides discutent vivement en russe devant nous. Ils n’ont pas l’air d’accord. On ne voit pas à 3 mètres. Tout le monde se renferme dans la capuche de sa veste Gore-Tex.

Nous rebroussons chemin… en fait, nous ne trouvons pas le chemin qui mène au sommet ! Pourtant, ça doit être si près maintenant… Notre guide Anna crie, elle l’a trouvé. Elle se balade à plus de 5000 m comme sur un Gr. Elle pousse tout le monde vers le sommet.

5642 m : Pas de photos victorieuses, il fait trop froid, il y a trop de vent. On s’écroule par terre, à genoux. Dany est encore loin derrière. Anna va la chercher, prend son bras, la tire vers le plateau final. On ne voit rien. On se regarde avec Adrien parce que la question qui nous taraude c’est : « Comment va t’on descendre ?? » Dany et Chin semblent à bout.

Au sommet!
Nous entamons la descente. Roman et Anna se relaient pour nous assurer. La descente est raide. On entend Anna crier derrière. Puis au niveau de la selle, nous nous perdons de nouveau. Nous ne trouvons plus les petits drapeaux. Nous attendons. Je n’ai même pas la force de proposer une chanson. On se regarde avec Adrien : à quel moment est t’on censé s’inquiéter ? Ça n’a pas l’air tout à fait normal cette situation, non ? Anna sort son GPS, part chercher les drapeaux, garde contact avec Roman grâce aux talkies-walkies. Puis Roman perd Anna, la retrouve. Elle est près d’un drapeau. Nous avancerons de drapeau en drapeau. Elle part en éclaireur et nous hèle de la rejoindre lorsqu’elle a trouvé le suivant. Jork ferme la marche derrière l’australienne et crie STOP quand l’écart dépasse 3 mètres. C’est dans ces conditions que nous atteignons 5100 m, là où les dameuses viennent chercher Dany et Chin.

Iseult lors de la descente
Adrien lors de la descente

Commence alors la longue descente dans le brouillard: harassante et monotone. 5100m, 4800m, 4600m, 4100m, 3800m… Voilà le camp de base, c’est fini, il est 16h.

Du repos et une bonne bière bien méritée!

Une bière pour la route

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