Nous sommes passés en Croatie avec l’automne. Alors que nous marchions à la nuit tombée en cherchant un endroit où poser la tente, j’ai regardé Adrien et je lui ai demandé : « Tu sens ce froid ? Ce n’est ni la fraicheur de l’altitude, ni celle de l’humidité. Non, c’est l’hiver qui s’annonce ! » Et oui, nous pouvions avec certitude le sentir dans l’air, le froid venait du Nord.

Les cent kilomètres que nous avions à marcher en Croatie sont passés vite. Cent kilomètres, c’est trois à quatre nuits dans le pays. Nous sommes arrivés sans crier gare dans le magnifique parc naturel de Plitvice.

Sans être passés par l’entrée principale, nous nous sommes retrouvés un peu hébétés au milieu de hordes de touristes. Il y en avait tellement que nous devions marcher au pas, à la file indienne pour atteindre les cascades qui font la célébrité du parc. La concentration de tant de personnes dans un endroit si restreint ne fonctionne qu’avec beaucoup d’interdictions : dans ce parc, on ne peut ni dormir (sauf endroit prévu à cet effet), ni faire de feu et ni se baigner. De notre point de vue, pas grand chose donc. Alors nous fuyons. Nous prenons bien une douche dans un des torrents mais c’est l’oeil craintif, jetant des regards apeurés pour essayer d’apercevoir le ranger avant qu’il ne nous voit. C’est un endroit magnifique mais nous avons le sentiment que ce que nous gagnons en beauté, nous le perdons en liberté. Les parcs naturels sont de formidables vitrines : on peut regarder mais jamais toucher.

Quelques nuits chez l’habitant nous permettent d’éviter les pluies diluviennes qui commencent à tomber régulièrement. D’autant plus, que nos douches « sauvages », dans un lac ou une rivière, vont à notre avis, commencer à se compter sur les doigts de la main. A chaque fois, il fait encore plus froid et il faut marcher plus vite pour se réchauffer. Alors, nous avons pris l’habitude de ne JAMAIS refuser une douche chaude, on ne sait jamais quand nous sera proposée la prochaine !

À la frontière slovène, nous sommes accueillis par le brame du cerf. Il n’est pas loin, on ne le voit pas, mais il enchante la forêt : elle devient habitée. Nous nous faisons aussi discrets que possible lors de notre nuit au pied de l’espace Schengen, car malheureusement, nous pourrions être pris pour des migrants et ce ne serait pas la première fois. Ici, le sujet est sur toutes les bouches : impossible d’y échapper, chaque villageois ou policier a son anecdote à raconter.
C’est avec impatience que nous attendons l’arrivée des S. à Ljubljana !
