L’aventure, un long fleuve tranquille ?

Les kilomètres s’assemblent mais ne se ressemblent pas. Nous pourrions reprendre Héraclite à notre compte: on ne roule jamais deux fois sur la même route.
Dans cet univers contrasté, il existe tout de même une topologie de la route parfaite: un asphalte impeccable, un espace sur le bas côté dédié au vélo, une pente douce, un traffic restreint voire inexistant, un temps et une température cléments, et surtout un paysage bucolique.
Malheureusement – ou heureusement -, la perfection n’existe pas, et la plupart du temps, tous ces éléments ne sont jamais réunis.
Si certains kilomètres coulent de source, d’autres se gagnent durement : route cabossée, montées n’en finissant pas, vent à contresens, muscles meurtris, camions crachant leurs fumées empoisonnantes et le pire de tout, l’odeur nauséabonde des cadavres d’animaux se décomposant lentement sur les bas-côtés…Dans ces moments là, les nerfs vacillent facilement : mais qu’est-ce-que je fous là? Putin de vent! J’en peux plus! Quel pays de merde! …
Heureusement, chacun trouve des remèdes pour se sortir de ce gouffre sans fond.
Pour Iseult, c’est la lecture d’Afrika Trek qui lui permet de largement relativiser les affres de notre périple : des situations équivalentes, voire largement pires! Pour nous, pas de lions, de cobras ou de vipères cornues, pas encore d’enfants nous jetant des cailloux, pas de problème d’eau, très peu de bidonvilles…
Pour moi, j’aime à penser aux personnages de la Horde du Contrevent, luttant sans cesse contre les éléments telluriques et avançant coûte que coûte.
Dans mes moments plus philosophes, je repense aux Lettres à Lucilius de Sénèque :
– « La nature gouverne ce monde par le changement. Aux nuages succède la sérénité ; les mers se soulèvent après le calme ; les vents soufflent alternativement ; le jour remplace la nuit ; une partie du ciel s’élève sur nos têtes, l’autre plonge sous nos pieds : c’est par les contraires que la permanence se maintient. Voilà sur quelle loi il faut nous régler : suivons-là, obéissons-lui, quoiqu’il arrive, pensons que cela devait arriver, et renonçons à quereller la nature. »
– « Ne s’indigner de rien, savoir que ce qui parait nous blesser rentre dans le plan de conservation universelle et dans l’ordre des phénomènes qui assurent la marche et le rôle de la création. »
– « Mieux vaut renoncer à ton chagrin que d’attendre qu’il renonce à toi. »
– « Il est honteux d’être emporté au lieu de se conduire. »

No bed of roses!

We eat up the miles but every mile is different. Héraclite had the same idea when he said « one never travels twice on the same road ».

We have come up with our own criteria for the perfect road: good asphalt, a side lane wide enough for bicycles, a soft slope, limited or inexistent traffic, clement weather and bucolic scenery.

Unfortunately, or fortunately, we have not found the perfect road yet.

We cover certain miles with difficulty: bumps, endless hills, wind in our faces, beaten up muscles, poisonous exhaust from passing trucks and worst of all, the nauseous smell of decomposing animals in the ditch.

Our nerves fray: what the hell am I doing here? Bloody wind, I’ve had it! What a godforsaken country this is…

Luckily, we find ways to get out of the bottomless pit. Iseult’s reading of Afrika Trek allows her to imagine worse scenarios. At least there aren’t lions, cobras or horned poisonous snakes, no kids throwing stones at us, no problem of water, not many shanty towns.

I prefer to think of those in the Horde du Conrevent, (contemporary science-fiction novel)

fighting the telluric elements and making progress despite all odds.

In my more philosophical moments, I recall the letters of Lucilius to Sénèque:

“Nature rules this world with change. Serenity comes after cloud; the seas surge after calm, winds alternate, day replaces night, part of the sky rises above our heads, the other part plunges beneath our feet: it is with these opposites that permanence is obtained. This is the law: obey and follow this law whatever happens, accept what happens and give up fighting with nature”.

“Don’t get indignant, what seems to hurt is part of the universal plan of conservation and the order of things. »

“You’d be better off giving up your injury than wait until it gives you up.”

“Maintaining one’s dignity is better than getting carried away”.


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